Journal des répétitions de Plein la vue (2)


Lundi, mardi, mercredi.

J’arrive au foyer de la Michodière. On ne répète pas sur scène, encombré par le décor de la pièce qu’y s’y joue actuellement mais dans un espace qui a à peu près les bonnes dimensions. De toute façon pendant au moins la première semaine il va s’agir d’une mise en place et d’un débroussaillage des déplacements et des intentions. Ensuite nous affinerons.

Tout le monde est là. Jean Luc Moreau et sa fidèle et très efficace assistante Anne. Philippe Magnan dont le pouce cassé au ski commence à revivre et qui avec son côté pince sans rire nous promet déjà de sérieux fous rires, Daniel Jean Colloredo avec qui je n’ai jamais travaillé mais que j’ai hâte de connaître, Grégoire Bonnet très sympathique et drôle et Ma Gabounette, très heureuse mais un peu angoissé quand même. Normal ce n’est pas sa première fois car elle a déjà  joué dans « les monologues du vagin » mais c’est la première fois avec un metteur en scène si réputé.

Brrrrr, on se les gèle ! On est en plein courant d’air. Va falloir veiller à ne pas se prendre une extinction de voix. Dès demain j’arrête de faire la coquette (comme ci j’avais commencé un jour…)  et je mets le pantalon et le gros pull. Aussi quelle idée d’avoir mis une robe ? C’est tout moi ça le jour où il commence à faire froid je me jette sur mes fringues d’été.

Après les bises et les plaisanteries d’usages, nous sommes prêt.

Tiens à propos de bises va falloir que je leur parle. Avec cette vague de froid, les grippes et les gros rhumes vont foisonner et  il faut arrêter ces habitudes de se lécher la pomme pour se dire bonjour. C’est très français cette manie et c’est aussi un grand vecteur d’épidémie.

Nous allons passer 4 heures ensemble, ce qu’en jargon théâtrale on appelle « un feu ». C’est ce qu’on va faire tous les jours, au moins jusqu’à ce que le décor soit monté. Ensuite nous ferons deux feux par jour…

Moi je pourrais bosser deux fois plus que ça ne me dérangerait pas. D’ailleurs tout le monde ici ne demande pas mieux.

–       Mais c’est ce que nous allons faire nous dit Anne. En fait, c’est 4 heures de recherche et de mise en place avec Jean Luc et puis ensuite c’est travail entre nous, des places, du texte pour que tout soit fluide et que nous puissions aller plus loin dans le travail.

Ca me va parfaitement. Et à Jean Luc aussi car le soir il joue au théâtre dans « les conjoints » et je comprends qu’il ait besoin de se reposer un peu.

Surtout que, le travail ne s’arrête pas là, il y a les réunions avec le décorateur, les techniciens, la musique. Il doit mener tout ça de front… Et pour nous les costumes et la promo… Les agendas vont très vite arriver à saturation…

Mais tout ça ne vaut rien sans une bonne pièce alors allons y !

–       On commence par quoi?

–       On va se lire le texte tranquillement, dit Jean Luc, on dit tout, ce qui gène, ce qui ne va pas. OK ?

–       Pas de problème…

Jean Luc nous arrête à la fin du premier acte. On va déjà s’occuper de ce bout là.

Ca y est, c’est parti !

C’est Grégoire et Gabou qui ouvrent la danse. Il redisent le texte, essaie d’improviser, très vite jean Luc intervient et propose des actions et des intentions qui nous font rire aux éclats. Le canevas se met doucement en place. Doucement car pour le moment dans cette phase de recherche il ne s’agit pas d’avoir le rythme, il faut être précis à chaque mouvement. Et puis, ici, il n’est pas question d’égo on doit pouvoir tout se dire, sans se vexer. A ce jeu là Jean Luc est habile car j’ai remarqué qu’il commence toutes ses remarques par « c’est très bien, … » Il a raison, après tout passe mieux, on se sent aimé.

On devrait essayer d’en faire notre pain quotidien de cette méthode. Dans nos couples par exemple, si on commençait toutes nos phrases par « c’est très bien » ou «  tu as raison » ou «  je te comprends » et qu’on les finissait par un « mon » ou « ma chérie », on éviterait bien des énervements.

Revenons à nos moutons.

Moi je regarde. Je ne rentre pas tout de suite. Et puis j’adore regarder travailler les autrest, c’est comme ça qu’on apprend le mieux et c’est une manière d’appréhender la méthode.

Notre travail principal, nous dit il, est de retrouver ce pourquoi on avait ri en lisant la pièce et que chaque situation soit crédibles et sincères.

Ca me plait et ça va dans le sens de ce que je m’attache à faire sur chaque pièce ou film que je joue. On va bien s’entendre, mais ça je n’en doutais pas.

La séance se termine, au moment où je devais entrer. On a fait que 2 pages… et on en a 100 !

La séance suivante commence par la visite du décor, à travers la maquette que la décoratrice nous a apportée. Très beau vraiment. Nous visualisons les entrées, les sorties et le positionnement des éléments importants dont nous allons devoir nous servir dans notre jeu. Ca aide.

Après avoir repris les déplacements de la veille, je rentre en scène. J’ai muselé mes chevaux qui ne demandent qu’à bondir. Oh là bijou, on se calme !

Jean Luc est arrivé avec des idées bien précises et excellentes, j’achète le tout et ce n’est pas des soldes, vous pouvez me croire.

Nous avançons à grand pas. Chacun commence à prendre le rythme : proposition, on refait… On reprend plus haut, on refait, on précise… La mécanique rentre dans les jambes. J’adore ça, encore !

Non c’est fini pour aujourd’hui ! Déjà!

Nous en sommes à la page 15, Jean Luc est content, on avance bien.

Le frustré de l’affaire c’est Jean Daniel.

Comme pour moi la veille on s’est arrêté juste avant son entrée. Les vannes fusent et nous allons boire un café pour se débriefer.

Mercredi nous entamons bille en tête. J’ai fait des recherches sur la vie d’une aveugle et j’en parle à Jean Luc. La façon de se déplacer, le maniement de la canne, je commence à rentrer dans la peau de cette Vera qui va m’accompagner un bon bout de temps du moins, je l’espère…

Je mets mes lunettes noires, je prends ma canne télescopique et en avant… enfin, pas trop vite !  Il n’est pas question de se casser une jambe au premier obstacle.

Nous reprenons ce que nous avons fait la veille, reprécisons quelques actions et intentions et  Daniel Jean fait son entrée.

Il ne reste plus que Philippe, qui piaffe d’impatience dans le paddock.

Pas de panique ça ne va pas tarder…

La répétition se passe bien, le travail continue, ardemment, quelques moments d’hésitations, d’autres que nous sentons mais que le manque de décors et le manque de costumes et d’accessoires nous obligent à laisser pour plus tard. Des trouvailles que nous n’avions même pas imaginé d’autres que

nous proposons et que Jean Luc acceptent de bonne grâce et améliore souvent.

Le temps passe vite nous terminons à la page 30.

3 jours trente pages. A ce rythme, dans 7 jours nous aurons un canevas sur lequel nous pourrons broder à loisir.

Que du bonheur !

Allez, un petit café ensemble pour décompresser ?

La famille commence à se former…

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7 réflexions sur “Journal des répétitions de Plein la vue (2)

  1. Apolline

    Très agréable de vous lire. C’est vraiment une super idée ce journal, je le suivrai de près !
    Bonne fête aussi, c’est la saint Véronique ! Bises, Apolline

  2. Bonnel

    j’adore votre manière de raconter votre travail, en vous lisant on sent bien que travailler avec un vrai professionnel comme monsieur moreau, est pour vous très valorisant.vous le décrivez comme si il vous était très supérieur (ou comme ainsi dire entre femmes vous étiez amoureuse)mais je pense que lui il n ajamais travaillé pour une femme aussi intensément très très populaire comme vous qui etes le modèle de millions de françaises comme moi qui se reconnaissent tellement en vous.
    Vous pourriez avoir n’importe qui comme metteur en scène on viendra vous voir (biensur si l’histoire est bien )bon pardon pour ma foug et encore racontez nous tout je suis friande .
    sylvie

    • Ce n’est pas parce que j’apprécie quelqu’un que je le trouve supérieur.
      Il ne s’agit pas là de Hierarchie.
      C’est simplement qu’il m’a été donné de travailler avec beaucoup de metteur en scène et que cette fois j'(ai le sentiment de travailler avec quelqu’un qui va exactement dans le sens que j’aime; Qui a une opinion sur le travail et l’éthique de notre métier très proche de la mienne et qui en plus d’être un excellent acteur foisonne d’idée; Chacun dans sa spécialité allons nous apporter le meilleur et c’est cela qui est formidable et qui me remplie de joie. Dans mon métier, on apprend tous les jours et on se remet sans cesse en question sinon on perd son âme. Bien à vous et merci pour vos gentille paroles elles me vont droit au coeur.

      • Bonnel

        Je voulais pas dire ça parque je trouve que aucune actrice n est supérieure à une autre.
        surtout avec de l’âge et de l’expérience comme vous.
        on ne peut pas vous comparer à des jeunes meme très doués mais qui sont juste belles ou jolies.
        Vous vous avez l’image d’une femme avec un mari et une famille et qui sait que ça fait du poids dans le métier par rapport aux autres vous apparaissez comme plus forte et sa ajoute du poids a votre jeu.
        Merci pour votre travail et toujours grand grand bravo.
        Sylvie

  3. weber

    super l’ambiance est bonne à ce que je vois, c’est important aussi. Soutenez-vous les uns les autres !!
    Au plaisir de voir le travail

  4. RAINOT Eliane surnom Ninine

    merci beaucoup de tous ses détails tu pourrais écrire un livre c’est reposant de te lire bisous et bonne continuation

  5. FAFAH

    C’est très passionnant ton journal Véro !, en te lisant , on a l’impression d’être dans le bain de cette préparation et puis tu nous apprends des belles choses , genre :  » c’est très bien  » ou « tu as raison ou  » je te comprends  » je suis tout à fait d’accord avec toi : si on en faisait notre pain quotidien ces méthodes , ça éviterait des tensions ou énervement. Merci infiniment pour ton partage. Bon continuation. BIsous

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