Journal des répétitions « Plein la vue » 4


Lundi 6, mardi 7, mercredi 8 Février.

Ce week-end c’était repos. J’ai aussi été voir « Les conjoints » de Eric Assous  au théâtre Tristan Bernard. Un vrai plaisir tant ce texte est juste, intelligent et servi par une mise en scène de Jean Luc, totalement aux service du texte que les quatre acteurs nous restituent avec beaucoup de talent.

Lundi.

C’est fou ce que le temps file. J’ai beau me lever à 6.30 tous les matins, je n ‘ai le temps de faire tout ce que je voudrais faire.

J’écris quelques lignes, j’apprends mon texte et il est déjà 10.30, l’heure de se préparer de manger un bout et de partir bosser.

Je me retrouve un peu dans la configuration de l’horaire de tournage : 12heures 19heures 30 où nous nous préparons à entre 10heures et 11 heures, déjeunons de 11 heures à midi et faisons une journée continue.

A 11 heures me direz vous ?! Mais je n’ai pas faim à cette heure là !

Rassurez vous moi non plus mais on fini par prendre l’habitude ;

Là, pour « Plein la vue », on répète actuellement et jusqu’à la fin de la semaine de 12.00 à 16.00. La semaine prochaine on multiplie par deux. Le matin et l’après midi. Le matin révision et « italienne » du texte et des déplacements, l’après midi recherche et approfondissements des scènes avec Jean Luc.

C’est quoi une italienne ? C’est juste dire le texte le plus rapidement possible sans ton, sans intention, pour le mémoriser et le posséder vraiment. Pourquoi, ça s’appelle comme ça ? Alors ça vous m’en demandez trop ! Tiens ! Cherchez et donner moi vos réponses ça m’intéresse.

Donc j’arrive à midi tapante. Je déteste être en retard, j’aime pas être en avance non plus, non, juste à l’heure.

Tout le monde est là, je tente une descente d’escalier à la Marilyne avec roulement de tambour et tout dans l’indifférence générale… J’aurais peut être pas du mettre des Moon boots !!!

En même temps, normal, ils sont en train de discuter de choses sérieuses. Je me glisse dans la conversation…

–       Les auteurs n’ont pas encore livré leur copie. C’est pour demain, ont ils dit, alors fait quoi ? »

–       On fait « bli », on fait « cul » on fait « ribote », on fait «clochette »

FLOP ! Ouah ! dit donc ! Je tiens la forme aujourd’hui !… non ?…  Côté blague vaseuse je crois que je vais vous en boucher un coin !

Bon je me tais, l’heure n’est pas à la rigolade. Il faut avancer. Surtout que je vais leur mettre un bon coup de pression quand je vais leur dire qu’on est à moins 18 jours de la première représentation.

C’est vrai quand on dit fin du mois, ça ne fait pas la même impression.

Alors sans rire on fait quoi ? On reprend l’acte 2 ?

–       Non, on reprend du début, dit Jean Luc, pour voir où en est votre mémoire sur les indications  et les directions prises.

Pendant une seconde vous avez l’impression qu’on est  sur les bancs de l’école quand le prof assène un : « Sortez vos copie, contrôle générale de ce qu’on a fait depuis le début de l’année » sauf que là on a pas le sentiment d’être jugé et on en redemande. Parce qu’à la fin, l’examen doit être réussi, on a pas le choix. On ne peut pas arriver en scène et dire,

– Euh !!!… Excusez moi, mais je me rappelle plus !… Tant pis, je repasserai l’année prochaine.

Ouais c’est ça ! Tu repasseras carrément oui ! On vous rappellera mademoiselle.

Non ! Là tu dis :

–       OK ! Bonne idée ! On en profitera pour rentrer un peu dans les détails.

Parce qu’on aime ça, on est tous au taquet.

Ils sont bon mes camarades, c’est le bonheur, de grands pro.

Nous arrivons sans trop de problèmes au moment où nous nous étions arrêté vendredi. On passe le petit bout qui nous manque, c’est pas grand chose et on avance. C’est une scène drôle et émouvante. Faire rire j’adore, mais j’aime encore plus quand la tendresse et l’émotion s’en mêlent.

Cette pièce est construite comme ça et c’est pour ça aussi que je l’ai aimé.

Nous nous quittons sur cette note tendre. Je dois filer à l’administration pour finaliser l’affiche.

On tombe très vite d’accord sur la direction à prendre. Allez c’est parti. On pourra commencer à afficher la semaine prochaine.

Mardi.

J’ai beaucoup travaillé hier soir et suis tombée sur deux ou trois problèmes que je n’ai pu résoudre. Donc bille en tête en arrivant j’étale mes questions.

Jean Luc m’écoute et se moque gentiment de moi et de ma façon de parler.

Tu penses trop vite, dit il et tes mots n’arrivent pas à suivre, Il faudrait t’inventer une langue spéciale. C’est vrai, je le sais bien que je patouille ! Oui, ça se bouscule au portillon !

Sur les tournages de Julie quand quelqu’un parle trop vite et bafouille, on lui dit. Ah ! Tu parles couramment le Lescaut ?  Et tous ceux qui ont vu mon spectacle le savent. On me surnomme, « la patouille de France ».

Ca ne fait rien, j’arrive quand même à me faire comprendre. Ensemble nous solutionnons les soucis. C’est drôle comme par moment on peut se prendre la tête pour pas grand-chose.

Aujourd’hui, ca dépote, nous avançons facilement. Les répétitions se suivent et ne se ressemblent pas. Il y a des jours tranquilles où tout est simple, tout est fluide et puis des jours où on a le sentiment qu’on n’arrivera pas au bout dans le temps souhaité.

Il faut savoir passer à autre chose pour y revenir car la solution est souvent plus loin.

Jean Luc est très bon à ce jeu là et par moment il a besoin d’entendre et réentendre le texte pour bien cerner l’idée qui est en train de naître. Donc nous le disons et le redisons.

Ce n’est du temps de perdu pour personne car nous aussi au fur et à mesure que nous le répétons, des images se forment. C’est tout ce travail que j’aime particulièrement au théâtre et qui me manque quand je tourne. Tout ce temps de gestation.

Bien sûr on pourrait le faire avant de tourner et c’est ce qu’on tente de faire quand nous avons le scénario définitif assez longtemps avant le début du tournage. Mais après il y a le metteur en scène, ses options, ses choix de décors et ça la plus part du temps nous les découvrons le matin même et c’est fréquemment à des milliers de kilomètres de ce qu’on avait imaginé ; Pareil pour les acteurs avec qui je joue. Pas les rôles les plus important mais les rôles secondaires… Très souvent, je les découvre en arrivant au maquillage ; Il y a ceux qui rentrent dans les cases mentales que j’ai construites et puis cela n’arrive heureusement pas très souvent, il y a l’erreur de casting, l’option que je n’aurai surtout pas prise…

Ce n’est pas une question de physique, pas un délit de sale gueule, pas du tout, c’est qu’il se peut que le metteur en scène ait zappé une condition fondamentale, sur laquelle vient s’appuyer une déduction dans l’enquête et qui fou tout en l’air.

Je vous donne un exemple. Si dans le texte il y a une déduction qui innocente un suspect parce que la balistique dit que le meurtrier doit faire moins de 1m73 et que, pour jouer le meurtrier, vous voyez arriver un type de 1 m 85 vous vous dites y a gourance…  Et quand on me répond, le public n’y verra que du feu, moi ça me fou en rogne… A la télé c’est la réponse suprême ça, au lieu de se creuser la tête on s’entend répondre «  les spectateurs ne le remarqueront pas ! »

–       Ah oui, parce que les gens sont cons peut être ? Si moi je le vois, tout le monde va le voir.

Au théâtre, pas de subterfuge, de la vérité, de l’instantané, du vrai contact…

Bon, faut pas que je traîne, parce que ce soir je vais chez Alessandra Sublet  enregistrer « C’est à vous » Ah ben non pas enregistrer, on m’apprend que c’est en direct. Oh tant mieux ! J’adore le direct, personne ne peut trafiquer ce que tu dis.

Il est si facile de transformer le discours en coupant une phrase par ci, un bout par là.

C’est pour ça que j’aime bien vous parlez en direct via mon blog. Chaque fois que je lis un de mes interviews  dans la presse je suis déçue. Je me dis :

–       Putain, j’ai passé une plombe au téléphone avec cette personne pour ça !?

Bien sûr, je retrouve des mots, des expressions à moi, mais avec de tels raccourcis, de telles inversions que le sens en est transformé. A chaque fois, je me dis que c’est la dernière, que je vais en dire le minimum, et à chaque fois mon humeur m’entraîne à bavarder sincèrement, comme avec des amis. J’oublie toujours que leur but est le scoop, la petite phrase qui va tout changer.

Mercredi

L’émission s’est très bien passé, les gens autour de la table étaient vraiment sympa et conviviaux, contrairement à d’autres émissions où on a le sentiment d’être venue pour être donné en pâture à quelques chroniqueurs en mal de notoriété ou pour servir de faire valoir au présentateur vedette.

De plus il y avait Isabelle Nanty qui non seulement est une actrice formidable, mais une belle personne.

Isabelle Nanty

C’est vrai que ça fait de longues journées, mais ça ne fait que commencer, le véritable Marathon démarre la semaine prochaine entre répétitions, photos, émissions et interviews. Je ne sais d’ailleurs pas si j’aurai beaucoup de temps à vous consacrer mais j’essaierai. Parce que au milieu de tout ça il y a aussi la famille à gérer.

Aujourd’hui je n’ai pas grand-chose à faire le matin, alors je me repose et me plonge dans l’apprentissage de mon texte.

Vous allez vous dire. Mais elle ne le sait pas depuis le temps qu’elle nous dit qu’elle l’apprend ?!

Si je le sais, mais il faut plus que le savoir, il faut l’apprendre comme une chorégraphie avec les déplacements qui en découlent et que ça devienne totalement fluide. On ne peut pas se permettre de se demander, qu’est-ce qui se passe après ?!

Moi je sais mon texte quand je peux me réciter la pièce texte fermé,  répliques des autres incluses.

C’est comme un puzzle qui se met en place.

Pas grand chose à dire de ce jour en particulier nous avançons bien et commençons à croire que vendredi nous serons arrivé au bout de la phase 1.

Bien sûr que nous y serons. Je n’en ai jamais douté.

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Catégories : Uncategorized | 17 Commentaires

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17 réflexions sur “Journal des répétitions « Plein la vue » 4

  1. NICOLAS

    Bonjour Veronique,

    Après avoir découvert ce magnifique spectacle dans l’emission c’est au programme, une question se pose: Allez vous le reproduire sur le reste de la France, pour celles et ceux qui ne sont pas de Paris?
    Merci d’avance.

  2. Pascale

    Oups j’ai oublié de mettre mon prénom c’est mieux que le nom

  3. Casta

    Déjà fan de théatre, de lire ton blog est la meilleure pub pour la pièce et donne vraiment envie de venir très vite.
    Je vais filer acheter des billets et contrairement aux habitudes je vais venir avec mon mari et non avec une copine, il avait beaucoup aimé « Quand l’amour s’en mêle’, lui qui est plutot « cinéma » que « théatre ».

    A bientot donc et c’est super de pouvoir te lire et définitivement NON « artiste populaire » n’est pas comme certains le pensent dans ta profession pégoratif !!! Continue d’être comme tu es, de toute façon maintenant on te changera pas…!

    A très bientôt à la Michodière

  4. Sophie

    A la question pourquoi ça s’appelle une « Italienne », je dirais que c’est un héritage de la Commedia dell’arte qui est un genre de théâtre populaire italien apparu avec les premières troupes de comédie avec masque, en 1528. A cette époque les troupes qui jouaient en province, n’avaient pas de plateau fixe et voyageaient de pays en pays en transportant leurs tréteaux. Elles devaient savoir attirer le public et le convaincre d’assister aux représentations. Les canevas, par conséquent, permettaient à une compagnie théâtrale experte de mettre en scène des situations de l’actualité locale en quelques heures. J’imagine que pour répondre à ce besoin d’efficacité les comédiens devaient s’approprier leur texte rapidement ce qui correspondrait au but d’une « Italienne ».

    De mon côté, je me suis demandée ce que signifiait la phrase « Les auteurs n’ont pas encore livré leur copie. » Le texte de la pièce n’est-il pas encore définitif? Les auteurs y apportent-ils des modifications en fonction du travail que vous faites lors des répétitions?

    Et je me demandais aussi comment tu t’étais préparée à jouer le rôle d’une personne aveugle?

    En lisant ton article, j’ai eu envie d’extraire ces quelques phrases qui m’ont particulièrement touchées. (en essayant de ne pas les dénaturer…)

    La 1ère parce que même si tu parles d’une scène de la pièce je trouve que cette phrase te décrit bien: à la fois Drôle et Touchante, toujours Sincère sur scène comme dans la Vie.
    « Faire rire j’adore, mais j’aime encore plus quand la tendresse et l’émotion s’en mêlent. »
    La 2ème parce que c’est aussi pour ça que j’aime le théâtre.
    « Au théâtre, pas de subterfuge, de la vérité, de l’instantané, du vrai contact… »
    La 3ème parce que c’est tellement agréable de TE lire.
    « J’adore le direct, personne ne peut trafiquer ce que tu dis. Il est si facile de transformer le discours en coupant une phrase par ci, un bout par là. »

    Alors, Merci pour ce blog qui nous permet d’échanger avec Toi sans intermédiaire. Merci d’avoir autant de respect pour ton public en prenant le temps de communiquer directement avec chacun.

    Bon courage pour la réalisation de la phase 2 de votre travail et bonne semaine !

    Je t’embrasse,

    Sophie

  5. Bonnel

    J’ai passée un weekend formidable grace à vous avec Charly mon NOUVEAU ami .J’ose pas vous raconter! en plus c est drôle pasqu’il connait votre mari il a deja parlé avec lui a des conférences que donnait votre mari l’année dernière à des chercheurs de phisique, charly dit que c est un homme très fort en sciance et en livres ; charly il travaille a l’énergie nucleaire a saclé il gagne pas beaucoup c est un grand chercheur il est très calme et il me dit pas que je suis stupide parce qu il m aime.
    Il regarde Julie Lescau et il viendra avec moi au theatre vous voir et votre mari aussi.
    je suis très ecitéé de vous lire et de vous voir
    merci merci merci
    bises
    sylvie B

  6. julie

    Véro,tu penses que l’on pourra te voir combien de temps après le spectacle? on peut te voir dehors apres?

    • Je ne sais pas comment ça se passe à la michodière mais je passerai au moins assez de temps pour signer des autographe et prendre des photos quand à se voir ailleurs je ne peux pas le promettre.

      • julie

        ok,pleins d bisous et bonnes répétitions !!!

      • Stéphanie

        Heureuse de l’apprendre! Enfin j’ aurai peut être la chance qu’on fasse une photo ensemble! J ‘espère vraiment que cela sera possible, car je viens de loin pour pouvoir vous rencontrer et échanger qqes mots avec vous, mais aussi bien sûr pour voir la pièce.

  7. Sylvie

    Bonjour, mais non les italiens parlent avec leurs mains 🙂
    C’est chouette de te lire. Bisous

    • FAFAH

      comment ça parler avec leurs mains ? 😉 si je me souviens bien ils parlent vite ! d’ailleurs j’ai eu du mal à les suivre parfois. Enfin ! la signification de l’expression  » Italienne  » restera un Mystère !!!

  8. FAFAH

    C’est très beau ! j’ai cherché le sens de « l’Italienne » je crois que cela vient du fait que les Italiens parlent vite et sans tonalité ou alors liés à leur culture générale !!! en tout cas merci Véro de nous avoir partagé ce merveilleux journal! ça fait plaisir de te lire. Et c’est quoi le sens de « la descente de l’escalier à la Marilyne avec roulement de tambour  » ?? Bon continuation et courage !!! Vous allez tous y arriver crois _moi !!! et t’inquiète pas Véro ! tu feras ton journal en fonction de ta possibilité. La priorité c’est d’assurer à fond ta répétition car c’est la plus important sans négliger ta vie familiale. Voilà je te souhaite un très bon week_end et contente de te revoir bientôt au théâtre. Amitié

  9. marie

    Pour « l’italienne » c’est peut-être parce que les italiens parlent fort et vite…

  10. Apolline

    Super agréable de vous lire, comme d’hab’ ! Pour les répétitions à l’italienne, j’ai dû apprendre ça en art, mais je ne me souviens plus exactement.. Je crois que c’est en rapport avec la façon de parler des italiens, mais je ne suis pas sûre que c’est exactement ça.. Enfin voila,j’ai hâte d’encore vous lire, ça m’intéresse énormément de voir comment les répétions de professionnels se passent.. En fait ça ressemble un peu à notre manière de faire, mais en plus pro et plus « sérieux ».. A bientôt,
    Apolline (à qui vous avez donné d’excellents conseils il y a quelques semaines concernant les filières à suivre pour plus tard)

  11. julie

    c sympa Véro de prendre du temps pour nous écrire tout ca.Heureuse de te lire…Préssée d’etre au 11 mars pour ma part, pour venir te voir!!! des bisous

  12. weber odile

    une italienne, peut-être parce que les italiens parlent beaucoup !!
    Sinon courage pour le travail

  13. RAINOT Eliane surnom Ninine

    ❤ ❤ ❤ rien à dire pour une "patouille de France " tu nous explique bien et j'ai l'impression d'être près de toi .Je te lis avec tendresse alors continue tu es vraiment "formi formi formidable" bisous ❤ ❤ ❤

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